01/04/12

La fin des complexes, Libération

Actualités - kevin

Actualité 22/06/2015 :

Cette semaine nous vous proposons de découvrir l’article sur  la : Chirurgie du pénis

Article publié le 6 novembre 2003

Les hommes acceptent et expriment désormais plus librement leur complexes concernant leur parties intimes. En effet de nombreux hommes décident d’en finir avec ce mal être. Ils se dirige donc vers la chirurgie intime qui, leur rend confiance et apaisement. Dans cet article Libération souligne cette nouvelle tendance qui rend à nos hommes le sourire.

Philippe est endormi, les bras en croix sur la table d’opération. Philippe (1) a 24 ans et un pénis qui n’a rien de ridicule (une dizaine de centimètres, au repos bien sûr). Pourtant, comme plusieurs centaines d’hommes chaque année en France, il a décidé de se faire allonger et épaissir la verge.

L’opération, conduite par le docteur Marc Abecassis et un collègue, durera un peu plus d’une demi-heure. L’un des médecins pratique une incision au niveau du pubis et sectionne les ligaments suspenseurs de la verge. Aucune prothèse efficace n’a pour l’instant été trouvée pour allonger le sexe masculin, et la seule opération valable, si l’on décide de résister aux potions des docteurs Folamour de l’Internet, consiste donc à couper partiellement les ligaments qui relient la verge au pubis de façon à ce qu’elle pende un peu plus. Tandis que son collègue referme la plaie (la cicatrice sera ensuite cachée par les poils pubiens), le docteur Abecassis prélève, à l’aide d’une canule, de la graisse dans la cuisse du patient. Une fois décantée et filtrée, la graisse est ensuite injectée dans la paroi de la verge. A la fin de l’opération, Philippe aura gagné entre 1 et 4 cm en longueur et de 2 à 4 cm en épaisseur.

Vestiaire. Christophe a subi la même opération la veille. Aujourd’hui il s’apprête à rentrer chez lui en voiture. Il dit ne pas souffrir. Christophe a 35 ans ; il est marié, a trois enfants et «une vie sexuelle et familiale impeccable». «Ma femme trouvait cela débile mais ce problème de pénis trop petit me taraudait depuis l’enfance», explique Christophe. Avec un sourire un peu triste, il raconte une obésité à l’âge de 12 ans, une puberté tardive et une pilosité rare. «Tout cela ne m’a pas empêché d’avoir une sexualité normale et de me marier. Mais je souffre du syndrome du vestiaire. Me retrouver sous les douches avec mes partenaires de sport est pour moi une véritable torture.»

Sylvie Abraham, chirurgienne plasticienne et esthétique, qui pratique elle aussi cette opération, raconte comment ce «syndrome du vestiaire» est effectivement très répandu chez les hommes qui viennent la consulter. «Un homme qui travaillait dans l’audit et recherchait un emploi m’a raconté qu’il arrivait toujours un peu en avance aux entretiens d’embauche, histoire de jeter un coup d’oeil aux toilettes. Si c’étaient des urinoirs publics, il repartait sans même passer l’entretien.» Ce souci des apparences est, de fait, explique la chirurgienne, la seule motivation qui justifie cette opération d’allongement, car les centimètres gagnés ­ elle s’engage à en obtenir 3 et 6 grâce à une technique particulière de section des ligaments ­ ne se retrouvent pas à l’érection. «L’épaississement, en revanche, peut apporter un mieux sur le plan sexuel, explique le docteur Abecassis. Mais l’implantation de ces greffons graisseux est rarement satisfaisante dès la première séance. 70 % de mes patients reviennent une, voire deux fois, pour obtenir la circonférence désirée.»

Solution. Cette technique d’allongement, pratiquée par une demi-douzaine de médecins, chirurgiens et urologues en France, a été mise au point à la fin des années 80. Comme souvent en matière de chirurgie esthétique, elle s’est développée à partir des résultats d’une opération destinée à traiter une véritable pathologie : la maladie de La Peyronie, responsable d’une courbure anormale de la verge.

Le docteur Michel Schouman, chirurgien, urologue et andrologue, pratique lui aussi cette opération. Pourtant, il considère qu’il s’agit souvent d’une «mauvaise solution à un vrai problème» et regrette que les émissions télé sur la question remplissent trop souvent les salles d’attente. «Une verge, c’est fait pour bander et uriner. Si tout fonctionne, il n’y a pas de raison d’opérer. Sauf évidemment si vous êtes doté d’un micropénis ­ 2 cm au repos, 7 cm en érection ­ qui peut être un véritable handicap.» Marc Abecassis, à l’inverse, pense que cette opération a changé la vie de beaucoup de ses patients : «Un centimètre dans le pénis, c’est souvent un kilomètre dans la tête.»

Cro-Magnon. Le docteur M., psychothérapeute et sexologue ­ qui, pour des raisons de déontologie, préfère garder l’anonymat ­ reçoit souvent des patients hantés par ce désir d’un plus grand pénis. «Dans la plupart des cas, il s’agit d’hommes doux, de gentils garçons qui se voient comme des hommes mous et qui sont obsédés par l’image de l’homme baiseur, une sorte d’homme de Cro-Magnon rustre et pulsionnel.» Pour le psychothérapeute, cette «quéquête d’identité» des hommes s’explique notamment par la disparition progressive des lieux d’affirmation de la masculinité et des rites de passage dans la société actuelle. «Autrefois, l’homme s’identifiait à un groupe. Aujourd’hui, il doit faire un one man show. Notre société est de plus en plus permissive quand il s’agit de faire passer les fantasmes dans le réel. Et ce processus n’est pas sans danger pour la psyché.»

Michel, 62 ans, semble pourtant heureux. Il s’est fait opérer il y a une semaine et reprend demain l’avion pour les Dom-Tom, où il habite. Il dit qu’il va enfin pouvoir porter un slip de bain, chose qu’il n’a jamais faite de sa vie.

(1) Les prénoms de tous les patients ont été modifiés.

 

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