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Atlantico.frAvril 2012


CHIRURGIE INTIME : la saison de l’hymen et des nouvelles virginités a commencé…

En été, les demandes d’hyménoplastie, cette opération qui consiste à reconstruire l’hymen pour donner l’illusion de la virginité, augmenteraient du fait de la hausse du nombre de mariages. Un enjeu crucial pour de nombreuses jeunes femmes musulmanes.
Atlantico : Le nombre de reconstructions d’hymens dans les hôpitaux parisiens aurait fortement augmenté durant l’été, en parallèle à l’augmentation du nombre de mariages. Ces femmes, souvent d’origine sénégalaise, tunisienne, libanaise ou encore vietnamienne, sont en général issues d’un milieu attaché aux coutumes qui peine à accepter les rapports sexuels hors mariage. Avez-vous été témoin de cette recrudescence ?
Marc Abecassis : Personnellement, j’en pratique énormément depuis cinq ou six ans – de 2 à 3 par semaine – sans constater d’augmentation en été. Mais il est vrai que les situations de mariage influent probablement sur la demande. Cela dit, il faut séparer les notions de mariage et de religion.
En Chine, l’hyménoplastie est très courante, mais n’est en aucun cas reliée à la religion.
La religion n’est pas la première des raisons qui poussent une femme à faire une hyménoplastie : 60-70% des femmes concernées sont de religion mulsumane, et parmi elles seulement 10% font cette intervention pour des raisons religieuses. Donc, contrairement à ce qu’on peut entendre parfois, elles ne sont pas forcément musulmanes. La grande majorité vient pour des raisons culturelles et familiales, le reste pour des raisons personnelles, comme pour un nouveau départ après une relation amoureuse qui n’a pas fonctionné.
Pour ce qui est des raisons culturelles, il y aussi beaucoup de méditerranéennes : d’Espagne, du Portugal, de Sicile … Peut-être parce que les hyménoplasties ne sont pas encore très répandues dans leurs pays. Beaucoup de Tziganes aussi et plus généralement de gens du voyage, où le poids de la tradition est très fort.

Atlantico : Que répondez-vous à ceux qui considèrent que le fait d’accepter de pratiquer cette opération revient à cautionner une tradition archaïque et sexiste ?
Marc Abecassis : Je me suis longtemps posé la question. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Parce que je ne peux pas juger la patiente qui vient me voir. Je dois être neutre. Mon rôle est d’aider, de soulager cette patiente, qui se trouve en général dans une situation extrêmement inconfortable. J’ai bien sûr mes opinions, mais il ne m’appartient pas de dire que ces traditions sont archaïques. Je respecte les religions et les traditions. Je ne peux pas dire à ces patientes que je suis plus intelligent qu’elles. C’est une question d’humilité. Nous avons juste d’autres habitudes, au nom de quoi seraient-elles plus nobles ?
De toute façon, je ne peux pas, à moi tout seul, petit chirurgien, m’ériger contre des traditions ancestrales. C’est le rôle des pouvoirs publics. C’est grâce à eux qu’on a progressé sur la question des incestes ou des violences conjugales.
Je me suis fait cette opinion au fur et à mesure des rencontres avec les patientes. Lorsque je leur disais que c’était rétrograde, elles me répondaient que ce qui importait était leur détresse personnelle, qu’elles avaient besoin de redevenir propriétaires de leur corps. Comment refuser de leur tendre la main ?
Lorsque je leur ai demandé si l’hyménoplastie ne faisait pas commencer leur mariage sur un mensonge, l’une d’entre elles m’a dit : « et, vous, avez-vous tout dit à votre femme lorsque vous vous êtes marié ? Lui avez-vous tout raconté ? Avez-vous montré votre dent en or, ou votre prothèse de hanche ? Au contraire, je ne suis sincère que si je suis moi-même. Et je ne le serai que lorsque je serai complète. »
Il y a à cet égard une certaine hypocrisie de la part de certains de mes confrères – que je respecte – à refuser de répondre à ces femmes.

Atlantico : Vous a-t-on reproché cette pratique ?
Marc Abecassis : On m’a plus plutôt reproché ma spécialisation dans la chirurgie intime, parce ce que cela ne s’inscrivait pas dans une spécialité de fac. J’ai commencé par la chirurgie intime de l’homme, avec l’allongement du pénis notamment ; puis de la femme, avec la restauration du calibre vaginal, jusqu’à en devenir un pionnier. Et évidemment, certains confrères n’ont pas manqué de donner leur avis lors des congrès. Mais aujourd’hui, la chirurgie intime fait partie intégrante de la discipline – je l’enseigne même à la fac.