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Univers Santé – n°6

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UNIVERS SANTÉN°6 – MARS 1996


CHIRURGIE DU PÉNIS

Pour quelques centimètres de plus

La chirurgie « esthétique » du pénis connaîtra-t-elle le même essor que celle du sein ? Ou bien fout-il la classer au rang des avatars de la médecine de cette fin de siècle ? Urologues et sexologues ont des avis très partagés.
Si la mode du « pénis building » est née outre-Atlantique en 1990(1), en France aussi, depuis 1993, la péno-plastie a fait son apparition, non sans soulever beaucoup de questions dans le monde médical. Une situation qui conduit pour la première fois l’Association Inter Hospitalo Universitaire de Sexologie (AIHUS) à ouvrir largement le débat à l’occasion de son Carrefour Européen prévu du 14 au 17 mars à Marseille.
« En cabinet nous sommes assez fréquemment interpellés par des patients qui sont persuadés d’avoir des organes trop petits, sans que l’examen clinique ne confirme une malformation ou un micropénis avéré », explique Robert Porto, vice-président de l’AIHUS. Majoritairement de formation psychiatrique, les membres de cette association seraient naturellement réfractaires à des pratiques qui tendent à résoudre chirurgicalement un problème souvent d’ordre psychologique. Mais n’étant pas en mesure de faire écran aux sollicitations les plus diverses, des plus fantaisistes aux plus sérieuses, ils entreprennent un premier bilan.

Deux équipes concurrentes

La question est pour le moins épineuse. Car contrairement au tour de poitrine, la norme, autrement dit, la moyenne de dimensions du sexe masculin, est très difficilement codifiable. D’ailleurs, à ce jour, en dehors du micropénis de l’adulte (inférieur à 7 cm en érection), aucun auteur n’a fixé la limite. « Et pour cause, les dimensions du pénis à l’état de flacidité sont extrêmement variables. Très globalement on distingue deux catégories. L’une très fortement rétractile et la seconde, dont la longueur varie peu entre la situation au repos et l’érection. Ce sont évidemment les hommes situés dans la première qui sont les plus enclins à nourrir un complexe », souligne le Dr Pierre Olive Esseric, sexologue manifestement opposé à l’utilisation de là chirurgie en dehors d’une indication strictement médicale. Par ailleurs, du point de vue déontologique, les risques inhérents à toute intervention en profondeur sur cet organe composite traversé d’un réseau veineux, artériel et nerveux important, sont moins acceptables quand il s’agit uniquement d’un problème de convenance personnelle.
La chirurgie du pénis a connu un rapide essor depuis le début des année 90. A ce jour, 8 000 opérations d’allongement ou d’élargissement ont été recensées dans le monde.
Œuvrant au grand jour, deux équipes parisiennes, I’une dans le secteur privé, I’autre dans le public, utilisent des techniques différentes, mais sont chacune persuadées de leur supériorité respective. La plus expérimentée est dirigée par le Pr Michel Schouman, chirurgien urologue et andrologue qui, avant de s’associer, au sein du Centre d’urologie et de sexologie de Neuilly, à Marc Abécassis, médecin esthéticien, pouvait déjà se prévaloir d’une longue pratique dans le domaine de la chirurgie fonctionnelle. L’allongement est obtenu par la section partielle du ligament suspenseur du pénis, qui permet de désinserrer partiellement les corps caverneux du pubis et de rallonger le sexe de trois ou quatre centimètres. Lorsqu’il y a également une demande d’élargissement, le médecin esthéticien prend le relais dans le bloc opératoire. Marc Abécassis prélève de la graisse dans l’abdomen ou à l’intérieur des cuisses, et la réinjecte selon la méthode de la lipoplastie.

Soixante-dix pour cent de réussite

« Il ne peut s’agir d’une chirurgie à la demande et nous ne permettrons pas des gains de longueur irréalistes », se défend Michel Schouman, réfutant énergiquement l’accusation d’une motivation bassement lucrative. « Nous avons constitué une équipe pluridisciplinaire. Notre sexologue donne son avis sur chacun des patients. Contrairement aux Américains, nous n’effectuons qu’une ablation partielle du ligament, pour que le sexe en érection conserve un angle normal et ne pointe pas vers le bas », précise-t-il.
Après trois jours de mise en observation, le patient doit garder le pansement pendant cinq jours et observer une abstinence sexuelle un mois durant, le temps que le ligament se reconsolide. En dehors de trois infections dues à un défaut de stérilisation, le suivi postopératoire n’a décelé ni complications notables, ni impuissance secondaire.
L’intervention globale, comprenant allongement et épaississement, est effectuée sous anesthésie générale et dure trois heures. La lipoplastie appliquée au pénis (appelée lipopénosculpture) ne réclame, elle, qu’une anesthésie locale. Le Dr Marc Abécassis est crédité à ce jour de 360 interventions. Avant d’être réinjectée, la graisse prélevée sur le patient lui-même est purifiée en centrifugeuse de manière à réduire son taux de résorption, qui atteint 50 %. « Nous avons actuellement un pourcentage de réussite de l’ordre de 70 % ; 15 % seulement des patients demandent une réinjection de graisse », affirme-t-il.
Installé au service d’urologie et andrologie du CHU de Tenon, Joseph Tritto, chirurgien urologue, propose, quant à lui, une méthode inspirée de la chirurgie réparatrice. Des lambeaux dermo-graisseux sont prélevés dans la région fessière, sont recousus autour du pénis et glissés entre la peau et les corps caverneux. « Il s’agit d’une technique micro-chirurgicale. Pour chaque patient nous effectuons avant l’opération une caverno-métrie en état deflacidité et en érection, de manière à mesurer la capacité dynamique du pénis. Le suivi postopératoire inclut une échographie couplée au Doppler (qui apprécie le débit sanguin) et une imagerie par résonance magnétique nucléaire (IRM) de manière à vérifier l’irrigation sanguine des tissus ». La principale limite de cette technique est liée au comportement de la graisse et à sa liquéfaction.
Mais, si à un moment ou à un autre de sa vie tout homme peut ressentir un complexe, le passage à l’acte est tout sauf banal. « Il s’agit d’une partie du corps absolument intime. Vouloir la transformer et autoriser autrui à le faire, cela équivaut à assimiler cet organe à un objet, à le réduire à son instrumentalisation. Si le patient ne s’approprie pas son sexe remodelé, c’est le cercle vicieux », met en garde Joëlle Mignot, psychosexologue. Également dans le camp des adversaires, Pierre Bondil, chef de service d’urologie du Centre hospitalier de Chambéry, réclame une validation sérieuse de cette nouvelle chirurgie. « La verge de chaque individu ayant des particularités bio-mécaniques spécifiques, il n’est pas impossible que la modification de taille puisse interférer à long terme sur la biomécanique érectile ». Le débat reste ouvert.
Antonio Moreira
(1) Le Dr Melvyn Rosenstein de Los Angeles totalise 2 500 interventions référencées, bien que le précurseur en la matière soit un urologue chinois, le Dr Long (sic) ( 1984).

Témoignages
Olivier, 27 ans, technicien de production

« Depuis longtemps j’étais persuadé d’avoir un sexe trop petit. Je faisais beaucoup de sport et j’étais en permanence gêné dans les douches et les vestiaires. J’étais incapable d’avoir une vie sexuelle normale. J’ai appris que la lipoplastie pouvait résoudre mes problèmes. A aucun moment je n’ai songé à une psychothérapie. A précent mon complexe est parti en fumée. »

Hector, la quarantaine, coiffeur

« Au départ j’ai consulté pour un problème urinaire. C’est indirectement que nous en sommes venus à parler de la longueur du pénis. J’ai toujours été attaché à l’esthétique. Quand on peut améliorer son apparence, pourquoi ne pas le faire ? Cela ne m’a posé aucun problème psychique. D’ailleurs, si c’était aussi simple d’augmenter ma taille de 5 centimètres, je n’hésiterais certainement pas ! »